Le Bitoux François

 

Photo Recherchée.

 

 

Secteur "Chapelle"

Né en 1889, François LE BITOUX est sorti de Lyon en 1912. Il participe à la guerre de 1914-1918 au cours de laquelle il est nommé Vétérinaire Aide Major de 1ère classe de réserve le 2 août 1916. Il sera promu Vétérinaire Capitaine par décret du 25 juin 1929. Vétérinaire à La Roche-Derrien (Côtes-du-Nord), il en est élu maire en 1935. Il est membre du réseau de résistance « Alliance » qui est un service de renseignement. Le 28 avril 1944, le réseau fait appel à François LE BITOUX pour participer à l’embarquement nocturne de trois résistants, Raymond PEZET dit « Poisson-Volant », Jacques COLLARD « Cactus » et Jeannie ROUSSEAU «Amniarix» du réseau des Druides, sur une vedette rapide de la Royal Navy (opération «Jeanneton»).

Dans son livre, L’Arche de Noé, Marie-Madeleine FOURCADE, chef du réseau «Alliance» raconte les circonstances de l’arrestation de François LE BITOUX et de ses compagnons :
Le 28 avril, Élie DE DAMPIERRE « Berger », assisté du capitaine Émile HÉDIN « Castor », a rassemblé à Tréguier (Côtes-du-Nord) les trois résistants devant quitter la France. À 20 heures, un message personnel indique que l’opération Jeanneton aura lieu le soir même à minuit. Castor part aussitôt chercher François LE BITOUX qui doit les transporter tous les cinq en automobile jusqu’à Pleubian où l’un de ses amis, François MARGEAU, les prendra en charge pour leur faire passer leschamps de mines qui barrent la zone d’embarquement.

Lorsqu’à la nuit tombée à Pleubian, François LE BITOUX frappe à la porte de MARGEAU, c’est un officier allemand qui vient ouvrir. Épouvanté, le vétérinaire perd contenance mais Amniarix qui parle couramment l’allemand demande calmement à l’officier où se trouve MARGEAU. « En face » lui répond l’allemand en claquant la porte. Berger décide alors de quitter le village. Laissant la voiture à la garde de Poisson- Volant et du docteur LE BITOUX dans un chemin, il part pour chercher une voie de repli avec Amniarix, Castor et Cactus. Un passant leur apprend que la villa de MARGEAU vient d’être réquisitionnée et leur indique sa nouvelle adresse. Le quatuor se dirige rapidement vers l’endroit indiqué mais, quelques dizaines de mètres plus loin, se trouve encerclé par six soldats allemands armés de mitraillettes. Les Allemands les emmènent vers la villa réquisitionnée où ils sont fouillés. Leurs papiers étant en règle, l’officier qui leur avait ouvert la porte demande à voir l’automobile et désigne Amniarix pour l’y conduire. Elle choisit de marcher le plus lentement possible en parlant bruyamment allemand pour alerter LE BITOUX et Poisson-Volant dans l’espoir qu’ils s’enfuiront.

Alerté par les éclats de voix de la jeune fille, Poisson-Volant s’est enfui mais, se sachant reconnu, François LE BITOUX est stoïquement resté ne voulant pas, par sa fuite, provoquer des représailles dans la population de sa commune.

Alors qu’ils sont emmenés par les Allemands vers une autre maison, Castor réussit à s’enfuir dans la nuit sous les rafales de mitraillettes. François LE BITOUX, Élie DE DAMPIERRE, Jacques COLLARD, François MARGEAU et Jeannie ROUSSEAU furent internés, interrogés et torturés à la prison Saint-Jacques de Rennes. Jacques COLLARD (ou André COLLARD selon les documents) sera identifié comme appartenant au service de renseignement « Alliance » et déporté au camp de Schirmeck.

Il sera abattu avec 107 autres membres du réseau le 1er septembre 1944 au camp de Natzweiler-Struthof.

Jeannie ROUSSEAU « Amniarix », jeune fille de 25 ans, ne sera pas identifiée comme appartenant au réseau « Alliance » et sera déportée sous l’identité de Madeleine CHAUFEUR, nom figurant sur ses faux papiers.
Déportée à Ravensbrück, à Torgau puis à Königsberg avant d’être de nouveau transférée à Ravensbruck, elle sera libérée le 23 avril 1945. En 2009, elle a été élevée à la dignité de Grand Officier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur.

Élie DE DAMPIERRE survécut également à la déportation

Les recherches effectuées n’ont pas permis de trouver ce qu’était devenu François MARGEAU. Il ne figure pas dans la liste des morts du réseau Alliance.

Bien que les Allemands n’aient pas réussi à l’identifier comme membre du réseau « Alliance », François LE BITOUX est transféré à la prison de Fresnes, puis déporté de Paris (gare de Pantin) à Buchenwald le15 août 1944.
Il est mort au camp de Dora-Mittelbau près de Nordhausen en Thuringe le 7 avril 1945.
Cruelle ironie du sort, ce camp a été créé à l’été 1943 à la suite du bombardement de Peenemünde et les déportés travaillèrent dans des conditions effroyables à creuser dans la montagne un tunnel pour abriter plusieurs usines d’armement allemandes dont celles de fabrication des V1 et V2. Une partie des déportés seront ensuite utilisés dans ses usines.

Distinctions : François LE BITOUX sera nommé chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume.
Depuis le 12 janvier 2008, une rue de La Roche-Derrien porte son nom.

NB : la plupart des documents consultés comportent le nom de Yves LE BITOUX, et donc indiquent son premier prénom de l’état civil. Toutefois, le monument aux morts de La Roche-Derrien et les articles de la presse locale reprenant des déclarations de ses petits-enfants mentionnent tous son deuxième prénom, François, qui devait être son prénom usuel.

SOURCES : Bull.soc.fr.hist.méd.sci.vét., 2010, 10 : 65-1191 LES VÉTÉRINAIRES MORTS POUR LA FRANCE  PENDANT LA GUERRE DE 1939-1945 par Emmanuel DUMAS

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau