SABAIL Jean et Leonie

 

Collection Maryse SALANON pour Rail & Mémoire

Secteur « Hangar »

Né le 20 août 1895 à Bordeaux (Gironde), fusillé comme otage le 2 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; dessinateur chef de groupe à la SNCF ; résistant, membre du réseau Alliance.
Fils de François et de Marie, née Lasnavères, Jean Sabail épousa Léonie Lefébure-Daubigné le 18 juin 1921 à la mairie de Bordeaux.

(1943)

Refrain

C’est au Fort de Romainville

Qu’on attend les évènements

A deux pas de

l’hôtel

de ville

Qui s’étend majestueusement

Oh la la la la que d’espoir

Oh la la la la que d’espoir

I

Transbahutés en voiture cellulaire

Un beau jour on a quitté le cachot

En se demandant cré non que

Vont- ils faire

On avait bougrement chaud

II

Plaque matricule et empreintes digitales

On a affaire à des gens bien prudents

Qui prennent aussi précaution capitale

L’adresse en cas d’accident

III

Un petit séjour dans les casemates

Cela nous réserve un joli teint frais

On a perdu les couleurs de la tomate

Pour avoir celles du navet

IV

On croit rêver quand on revoit les femmes

Les arbres, le ciel bleu et le soleil

Tout chavirés on a du vague à l’âme

C’est le plus doux des réveils

V

Tournant en rond comme des bêtes en cage

Sous la surveillance du mirador

On a tout l’air de taureaux au focage

Attendant le matador

VI

Que ce soient les fruits les colis de la Croix rouge

Les Quakers ou bien le ravitaillement

Tous nos guetteurs épient comme des peaux rouges

Les voitures et le mouvement

VII

Parfois aussi, c’est au fond des poubelles

Que nous trouvons de quoi faire un repas

Car si en France, les moissons sont belles

A Romainville on ne le sent pas

VIII

Et si parfois un convoi se prépare

Nul ne sait si nous serons emmenés

Que ce soit vers la mort ou vers une gare

Pas un seul n’aura cané

IX

Si nos espoirs en chanson s’expriment

Et si nous ne craignons pas le trépas

C’est le départ de ceux qui nous oppriment

Qui s’avance à grand pas.

 

Jean Sabail, Romainville 1943

Jean Sabail, autoportrait, la Romainville 1943

En représailles, les Allemands décidèrent de fusiller cinquante otages, trente-six communistes et quatorze membres du réseau Alliance. Avant d’être exécuté, le 2 octobre 1943 au Mont-Valérien, Jean Sabail laissa un mot à ses proches : « Bons et derniers baisers à ma femme et à mon fils et à tous. » Il fut incinéré au crématorium du Père-Lachaise, et ses restes furent inhumés au cimetière parisien de Pantin (Seine, Seine-Saint-Denis).